Mélanie et son fils
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Mélanie et son fils

#112 · Publiée le 17 août 2026 · 10 min de lecture

Texte

Mélanie était une chrétienne de longue date. Elle s’appliquait à mettre en pratique la parole de Dieu. Quand elle était célibataire, c’était assez facile. Et puis un jour elle a rencontré Romain. Dès le début, tous deux étaient convaincus que c’était le plan du Seigneur qu’ils se marient.
Après leur mariage, les premiers mois furent une vraie lune de miel et petit à petit, le Seigneur avait commencé à travailler leur cœur et le chemin était devenu un peu plus cahoteux, mais ils ne s’étaient pas découragés, car ils étaient déterminés à construire leur couple.
Puis sont arrivés les enfants Joshua et Sara. C’était une joie, mais les deux avaient réalisé l’énorme responsabilité que c’était d’être parents.
Il ne s’agissait pas de nourrir et de vêtir les enfants ou de leur donner une bonne éducation, mais il fallait les amener à Jésus-Christ.
Les enfants avaient grandi et leur personnalité avait commencé à se développer. Ils essayaient de se débarrasser de ce carcan de bons enfants chrétiens. Ils voulaient s’affirmer et choisir le Seigneur eux-mêmes et non pas suivre leurs propres parents.
Ce que Mélanie et Romain prenaient pour la rébellion n’était que l’expression d’un désir de trouver leur propre identité. Cela déroutait Mélanie. Elle était perplexe. Elle dévorait des livres et passait ses journées à chercher des réponses qu’elle ne trouvait pas.
Elle avait du mal à réaliser que l’éducation passe d’abord par une relation avec les enfants, ce qui crée un climat de confiance et permet l’épanouissement des enfants comme des parents. Ce matin de mai, Mélanie était assise sur la terrasse et venait juste de finir un livre sur l’art d’être parent. Comme toujours, elle aurait voulu faire les choses avec affection, mais le Seigneur lui montra de plus en plus combien elle était faillible. Il lui montrait les domaines où elle avait complètement raté.
Elle sentait que le Seigneur lui disait : va parler à ton fils. Quand le Seigneur parle directement et fortement, c’est difficile de dire non.
Avec lenteur et regret, elle monta les escaliers vers la chambre de son fils. Quand elle arriva en haut de l’escalier, elle entendit celui-ci, qui jouait de la guitare.
Sa première réaction était l’irritation. Il était tellement loin de ce gentil garçon dont elle rêvait. Ce garçon poli, bien habillé, serviable, écoutant de la louange toute la journée. Même quand ses amies venaient la voir, elle avait honte lorsque son fils arrivait avec ses tresses rastas qui lui tombaient sur le genou, ses teeshirts délavés et son casque de musique sur les oreilles. Oui, il écoutait de la musique chrétienne, mais du rock, du rock chrétien.
Elle voyait dans le regard de ses amies une lueur de désapprobation, donc quand elle arriva près de la porte, elle eut peur, elle voulut lui dire quelque chose qu’elle ressentait être du Seigneur, mais, elle eut peur.
Elle frappa timidement la porte : tu as une minute ? Je veux te parler. Joshua, la regardant avec tendresse à travers ses cheveux qui tombaient sur son visage. Tu sais que j’ai toujours du temps pour toi, maman.
Mélanie fut surprise. Quel contraste entre son allure de délinquant et la douceur de son regard.
- "Tu sais, Joshua, j’aime beaucoup quand tu joues de la guitare, tu as un réel talent."
Ce fut au tour de Joshua d’être surpris. Sa maman aimait sa guitare ?
Elle semblait tellement désapprouver ce qu’il faisait : sa musique, ses vêtements, ses amis avec qui il aimait s’enfermer pendant des heures pour en jouer. Elle essayait de ne rien dire, mais ses silences, ses soupirs, ses regards en disaient long.
Il répondit étonner : - " Je ne le pensais pas, je suis très touché, maman." Pour Mélanie, c’était un effort surhumain.
Elle s’était retournée pour descendre. Pendant qu’elle descendait, le Seigneur lui parla :
- " Tu n’as pas dit ce que tu avais sur ton cœur."
Seigneur, elle soupira : - " C’est au-dessus de mes forces. Quand je le vois avec ses cheveux de caniche, je ne peux pas m’empêcher de le revoir à ses sept ans avec sa coupe au carré, sa bouche de petit garçon sage, toujours prêt à rendre service, donnant de tout son cœur.
- " Tu réfléchis trop, " lui répondit le Seigneur.
- "Fais ce que tu as sur ton cœur, retourne."
Elle frappa de nouveau à la porte. Joshua était au milieu de la pièce. Il n’avait pas bougé tellement il était interloqué par ce que sa mère avait dit, et il avait même une frustration dans son cœur.
Il aimait tellement sa maman et il sentait qu’elle était un peu déçue par lui. Elle aurait voulu qu’il soit le bon garçon qu’elle aimait tellement et dont elle était fière. Elle aurait voulu le garder comme il était toujours.
Parfois Joshua pleurait devant le Seigneur et lui disait :
- " Mais, je ne veux pas être ce qu’elle veut que je sois. Je ne suis pas réfractaire, mais je ne peux pas." Le Seigneur lui répondit :
- « Sois toi-même. C’est ainsi que je t’ai conçu. Ne t’inquiète pas, je m’occuperai d’elle et cela le tranquillisa."
Parfois, il y avait des conflit et Joshua pleurait devant le Seigneur en se repentant : je ne voulais pas ça.
Sa maman frappa de nouveau à la porte, son cœur se mit à battre très fort. - " Est-ce qu’elle veut me refaire la morale ? "
Tant de fois, sa maman était venue dans sa chambre pour lui faire un discours sur ce que doit être un chrétien. Il devait se couper les cheveux, porter des pantalons en velours, fréquenter le fils du pasteur, écouter de la musique, ne pas trainer avec ces garçons qui avaient l’air un peu dévoyés. Malgré lui, quand sa maman lui prêchait, il ne pouvait s’empêcher d’être ironique parce qu’au fond de lui, il savait qu’elle avait raison, mais c’était au-dessus de ses forces de changer.
Il préférait être lui-même et évoluer quand il serait prêt plutôt que de changer pour plaire à sa maman. Malgré un petit pincement au cœur, quand il entendait sa maman frapper à la porte, il avait une grande paix. Mélanie lui dit timidement, c’est encore moi. Je veux te parler.
Bien sûr, maman. Joshua était intrigué par le regard de sa maman.
Ce n’était pas le regard plein de reproches, de la bonne chrétienne qui venait reprendre son fils.
C’était un regard tendre et triste à la fois. Un regard qui ne lui connaissait pas. Qu’est-ce qui se passe ? Se dit-il. Le cœur de Joshua se mit à battre très fort alors que Mélanie s’asseyait sur le bord du lit. Il aurait voulu se jeter dans ses bras, lui dire maman, je n’ai pas changé, je suis le petit garçon que tu aimais tant. J’ai juste grandi, j’ai besoin de grandir, mais je t’aime toujours autant. Elle hésita longuement, puis elle dit :
- " Je, je, je voulais juste te dire, je n’ai pas osé plutôt, mais ton papa et moi, nous trouvons que tu es quelqu’un de formidable. "
Joshua était sans voix. Au bout de quelques minutes, il réussit à dire :
- " Toi et papa ? "
-" Oui ! ton père et moi, " Répondit Mélanie posément.
- "Je ne sais pas quoi dire. Eh, eh merci de me le dire."
Encore une fois, Mélanie sortit de la chambre. Joshua était touché, mais il priait :
- " Seigneur, pourquoi je ne suis pas plus heureux et fier ? Pourquoi je n’ai pas ce léger sentiment de frustration. Pardonne-moi, c’est tellement courageux de la part de maman d’être venu me voir. "
Mélanie descendit, elle n’était pas arrivée au milieu de l’escalier qu’elle réalisa qu’elle n’était pas contente. Elle n’avait pas dit l’essentiel, elle ne lui avait pas dit tout simplement qu’elle l’aimait.
Elle remonta à nouveau les marches et frappa encore une fois la porte de la chambre. Joshua était assis sur son lit et il jouait discrètement avec une petite souris en peluche, rescapée de son enfance.
Avant même qu’elle ne dise quoi que ce soit, il cria presque en riant :
- " Oui, j’ai une minute."
Mélanie s’assit sur le bord du lit.
- "Joshua, je voulais simplement te dire que je t’aime, pas papa et moi, mais moi, je t’aime et des larmes coulèrent sur ses joues. "
À travers ces larmes, elle réussit à dire d’une voix brisée :
- " Pardonne-moi d’avoir mis tant d’attentes sur toi et d’avoir moralisé sans fin. Je t’aime comme tu es, elle dit plus calmement. Tu as besoin de faire ton propre chemin avec le Seigneur. Je veux que tu saches que je serai toujours à tes côtés, peu importe ce que tu décides de faire. Je veux t'aimer."
Joshua ressentit un poids qui quittait son cœur, une nouvelle liberté qui venait dans sa vie. Enfin, il pouvait être celui qu’il était : s’épanouir, faire son chemin.
- "Je t’aime aussi, maman."
Il la serra dans ses bras. Pendant un moment, ils restèrent dans les bras l’un de l’autre. Tous deux pensaient : c’est bon de s’aimer. Mélanie se sentait aussi libre tout d’un coup.
Ses cheveux de caniche et ses tresses ne lui faisaient rien.
Elle comprit que le Seigneur l’aimait avec ses cheveux de caniche et avec ses tresses et qu’il regardait à son cœur et qu’il aimait son cœur humble et doux.
Mélanie réalisa que ce n’était pas dans les livres qu’on trouve les solutions. Elle avait beau assister à tous les séminaires, rien ne changeait, au contraire, le Seigneur lui demandait simplement d’aimer son fils comme lui il aimait Mélanie avec ses faiblesses et ses chutes.
L’Évangile est simple, pensa Mélanie en descendant les escaliers.
Pourquoi je me complique tellement la vie ? C’est bon d’aimer, se dit-elle avec un grand sourire.
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