Elle a semé dans les larmes
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Elle a semé dans les larmes

#93 · Publiée le 28 juillet 2026 · 8 min de lecture

Texte

Augustin est né il y a très longtemps, au quatrième siècle après Jésus-Christ. Il est né dans ce qui est l’actuelle Algérie, mais qui était autrefois l’Empire romain. Sa mère s’appelait Monique. C'était une femme pieuse, qui aimait le Seigneur. Elle avait passé beaucoup de temps à l’éduquer et à l’enseigner dans les voies du Seigneur. Non seulement elle l’instruisait dans la Parole de Dieu, mais aussi par son exemple de vie livrée, sobre et remplie de douceur et de sobriété, elle espérait l’attirer au Seigneur.
Sans doute priait-elle pour qu’il devînt un serviteur de Dieu.
Mais Augustin était un garçon difficile, rebelle et n’acceptant pas les choses comme allant de soi. Même si nous n’étions pas là, nous pouvons facilement imaginer qu’il devait étourdir sa mère de questions. Peut-être même la provoquer et encore pire se moquer d’elle. Il ressemblerait à beaucoup de jeunes de notre époque. Il faut aussi se rappeler que l’Empire romain ressemblait beaucoup à notre époque. Rome était en pleine décadence et la société était en pleine déliquescence.
Mais revenons à Augustin. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il avait finalement quitté la foi. Comme beaucoup de jeunes chrétiens qui ont connu le Seigneur et qui l'ont quitté du jour au lendemain.
Non seulement il abandonna Jésus, mais il devint carrément hérétique, c’est-à-dire qu’il avait commencé à croire à de fausses doctrines, loin de la saine doctrine de Christ. Comme Augustin était un être entier, il ne faisait rien à moitié. Il était premier à l’école, il devint le premier dans l’immoralité. Il se donna à cœur joie dans la débauche. Sa vie ne fut qu’une suite de fêtes et de beuveries…
Voilà ce qu’il écrivit bien des années plus tard :
- « Je ne faisais aucune distinction entre la lumière de l'affection et les ténèbres de la luxure. [...]. Je ne pouvais demeurer dans le royaume de lumière, où l'amitié unit les âmes [...]. Aussi, ai-je pollué le ruisseau de l'amitié avec les souillures de la luxure.
Je suis devenu sourd à force d'entendre le bruit de la chaine de la mortalité, le châtiment de l'orgueil de mon âme, et je me suis éloigné davantage de Toi, et Tu m'as abandonné, et j'ai été balloté, et décharné, et déréglé, et tout cela a débouché sur la fornication, et Tu as gardé le silence, Ô Toi ma joie tardive ! [...] »
Nous pêchons tous, d’une manière ou d’une autre. Parfois, nous déclarons que notre péché est socialement acceptable,
- « ce n’est pas bien grave après tout ».
Parfois nos péchés sont plus graves et nous en subirons les conséquences toute notre vie parce que ce péché n’est pas acceptable par la société. Peut-être même que nous perdrons nos amis, ou que nous serons rejetés par nos familles. C’est pour cela que nous pouvons nous identifier à son histoire :
« Il y a toujours une perte de la foi quand les sens s'éveillent.
À ce stade critique, quand la nature nous réclame à son service, la conscience des choses spirituelles est, dans la plupart des cas, soit éclipsée, soit détruite. Ce n'est pas la raison qui détourne le jeune homme de Dieu : c'est la chair. Le scepticisme ne fait que lui fournir les excuses pour la nouvelle vie qu'il mène. »
Pendant ce temps, Monique continuait à prier. Pendant qu’Augustin menait sa vie débridée, Monique priait. Pendant qu’il s’enfonçait toujours davantage dans l’hérésie, Monique priait. Pendant qu’Augustin luttait avec Dieu, Monique priait. Augustin le savait.
« Il s'est écoulé près de neuf ans, au cours desquels je me suis vautré dans la fange de cette fosse profonde, et les ténèbres du mensonge [...]. Pendant tout ce temps, cette veuve chaste, pieuse et sobre [...] ne cessait pendant toute la durée de ses cultes de pleurer pour moi devant Toi.
Et ses prières sont entrées en Ta présence ; et pourtant, Tu [as permis que] je m'enfonce encore davantage dans ces ténèbres. »
Durant toutes ces années, la vie de Monique était dure. C’est la même chose pour toutes les mères qui ont des enfants qui sont perdus dans les ténèbres, séduits par les pièges du monde. Monique souffrait.
Un jour n’en pouvant plus, elle alla voir l’évêque. C’était un homme pieux, versé dans la Parole de Dieu. Monique lui demanda de parler à Augustin et de réfuter ses erreurs. L’évêque lui dit non. Augustin était réputé pour sa faculté à parler et à argumenter : aucun raisonnement ne pouvait tenir devant lui. L’évêque se contenta de consoler Monique en lui disant qu’un esprit aussi brillant qu’Augustin finirait bien par comprendre qu’il s’était trompé. L’évêque lui rappela sa propre expérience. Il avait été manichéen. Le manichéisme est une religion du IIIe siècle après Jésus, qui a des doctrines particulières.
Malheureusement, les paroles de l’évêque ne consolèrent pas Monique. Elle le supplia encore et encore d’aller parler à son fils. Finalement, l’évêque se fatigua, et lui dit :
- « Allez-vous-en, je ne peux rien faire. Continuez de prier et de pleurer, Dieu vous entend et il ne vous laissera pas tomber. »
Pendant que Monique priait et pleurait, son fils s’enfonçait de plus en plus dans les ténèbres. Et il fuyait sa mère, et ce, pendant des années.
Un jour, Augustin rencontra Ambroise, l’évêque de Milan. Un homme connu pour sa foi et sa connaissance de la Parole. Augustin était épuisé, après tant d’années de fuite, et de lutte avec Dieu. Devant la prédication, Augustin fut convaincu de péché. Brisé et dégouté par sa vie de péché, il plia le genou devant Jésus et se donna à Lui corps, âme et esprit.
Augustin était devenu l'homme de foi. Augustin... C’est un des hommes qui a le plus influencé, non seulement l’histoire de l’Occident, mais aussi la pensée de l’Occident. Il a été lu, et étudié plus que tout autre écrivain chrétien.
Aujourd’hui encore, il nous parle. Il parle encore aux jeunes. Parce qu’il a vécu à une époque qui ressemble à la nôtre. Parce qu’un jeune reste un jeune et que l’appel de la chair est tellement puissante dans cette période de la vie. La jeunesse est aussi la période des questionnements, des doutes, des révoltes contre ceux qui sont établis.
La réponse à la prière de cette mère éplorée est allée au-delà de la conversion d’un homme. Certains pensent que les écrits d’Augustin ont été utilisés par Dieu pour continuer à faire briller la lumière de l’Évangile.
Elle a semé dans les larmes dans le monde Romain.
Dieu a répondu au-delà de la prière de cette mère. Si elle a prié que son fils devienne un serviteur de Dieu, elle ne pensait pas qu’il influencerait le monde. Et jusqu’à nos jours, ses écrits provoquent la réflexion.
Quand son fils prodigue rentra à la maison, sa mère lui dit qu’elle n’avait plus de raison de vivre. Elle avait accompli ce pour quoi elle avait été appelée. Et maintenant, elle voulait rentrer à la maison auprès de son Père. Neuf jours après, elle mourut.
Le père du fils prodigue dans l’Évangile de Luc avait les yeux fixés sur l’horizon. Tous les jours, il espéra de voir son fils revenir.
Et un jour, alors « qu’il fût encore loin, » il le vit.
Pour Monique c’était la même chose. Elle l’avait suivi là où il fuyait, elle le reprenait dans sa rébellion. Elle a « vraiment semé dans les larmes. »
À cause de cette prière incessante, Augustin, comme tant de fils et de filles prodigues, a appris que :
- « La seule façon de se perdre, c'est de te (le Père) quitter ; et si on te quitte, où va-t-on ? On ne peut que fuir ton plaisir pour ta colère. ».
Dieu ne veut pas que nous soyons sous le coup de sa colère. Il veut que nous venions à Lui parce qu’il nous aime. Le Père du fils prodigue a organisé une fête en l’honneur de son fils. De même, quand un pêcheur revient, c’est une joie dans le ciel.
C’est difficile de voir un fils ou une fille chercher sa propre voie, mais c’est le seul moyen pour lui de choisir réellement le Seigneur. Il nous faut espérer, et prier pour eux et même pleurer pour eux et attendre, en regardant la route. Et un jour ce fils ou cette fille reviendra. Et ce qu’on aura semé dans les larmes, nous le récolterons dans l’allégresse

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