Texte
Le pasteur protestant Alphonse Maillot raconte que, dans les années 1925-1930, un certain Sébastien Faure, anarchiste, faisait des tournées de conférences dans le Nord de la France, au pays des mineurs de charbon,
pour promouvoir l'athéisme. Un pasteur protestant, venu des États-Unis, s'efforçait d'y participer pour essayer de le contredire.
pour promouvoir l'athéisme. Un pasteur protestant, venu des États-Unis, s'efforçait d'y participer pour essayer de le contredire.
Un jour, Sébastien Faure crut avoir trouvé l'arme absolue qui éblouirait l'intelligence de ces pauvres mineurs « exploités » comme il les appelait.
Il monta sur l'estrade et présenta un énorme réveil. Puis il régla la sonnerie sur une heure précise. Et il dit à tous:
Il monta sur l'estrade et présenta un énorme réveil. Puis il régla la sonnerie sur une heure précise. Et il dit à tous:
— Je vais vous donner la preuve absolue que Dieu n'existe pas. Ce réveil va sonner dans trois minutes exactement. Maintenant, je vais mettre Dieu au défi, s'il existe. Pour lui, défier Dieu, c'était lui envoyer des injures grossières et malsaines, ce qu'il fit devant tous.
Puis il ajouta :
— Maintenant, après tant d'injures, Dieu dans sa justice doit me faire mourir. Je le mets au défi. Si, dans trois minutes, Sébastien Faure n'est pas mort, c'est que Dieu n'existe pas !
Un grand silence s'abattit sur la salle. Quand la sonnerie retentit, ce fut l'explosion dans la salle. Il hurla :
— Je ne suis pas mort, donc Dieu n'existe pas.
Il fit cela plusieurs jours. Un soir, cependant, le pasteur protestant du fond de la salle, avant que la sonnerie ne retentisse, cria :
— Attendez, attendez, j'ai quelque chose à dire... Sébastien Faure, qui connaissait depuis longtemps son adversaire acharné, le fit monter sur l'estrade, très gentiment, persuadé de sa victoire absolue. Le pasteur sortit d'une de ses poches de son pantalon un énorme révolver.
Il le mit entre les mains de l'anarchiste athée, lui disant :
— Attention, il est chargé. Moi aussi, je suis capable de vous lancer des injures, et je vais le faire. Puis il ajouta :
— Si je suis toujours vivant dans dix secondes, c'est que M. Sébastien Faure n'existe pas.
Il se mit alors à jurer encore plus fort que ne l'avait fait S. Faure. Puis, il fit le compte à rebours de dix jusqu'à zéro !
Arrivé à zéro, devant l'assemblée médusée, il s'écria :
— Mes amis, M. Faure n'existe pas.
Après un long moment de silence, il y eut d'énormes applaudissements...
Chacun de nous a en tête une idée fausse de Dieu. Sébastien Faure l'imaginait comme le Jupiter justicier. Il y a aussi le dieu distributeur automatique, le dieu gendarme toujours à l'affût pour nous verbaliser dès qu'on passe la ligne blanche, le dieu grand ingénieur qui nous aurait fabriqué comme des marionnettes, le dieu magicien, etc.
Un jeune à qui j'expliquais cela m'a dit :
— C'est vrai, j'ai vécu longtemps avec l'idée d'un dieu caissier de supermarché.
— Que veux-tu dire ?
— Longtemps, je me suis dit, quand je vivais un vrai moment de bonheur, cela ne durerait pas : un jour ou l'autre, il faudrait que je le paie, que je passe à la caisse...
Nous nous sommes inventé beaucoup de faux dieux.
Écouter sur SoundCloud
Vidéo YouTube
Formats disponibles
À découvrir aussi
Histoires similaires
Nous soutenir
Nous dépendons à 100% des dons !
Vous pouvez nous soutenir en faisant un don via PayPal et vous recevrez en retour un e-book regroupant plus de 700 histoires.