Le petit mousse
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Le petit mousse

#584 · Publiée le 1 août 2026 · 3 min de lecture

Texte

La tempête faisait rage. La pluie et les vagues balayaient tout le pont. Le clairon sonna :
— Tout le monde sur le pont !
Il fallait monter aux huniers. La besogne allait être dure. On débuta par une rasade de genièvre. Les hommes, à la file indienne, passèrent devant le distributeur. Chacun avala son grog. Quand vint son tour, Jack, le petit mousse, douze ans, hésita, recula, puis résolument murmura :
— Excusez-moi, je préfère ne pas boire !
— Quoi ? Gamin de malheur ! Dis le matelot en avalant sa lampée.
On ne pensa plus au petit. L’océan crachait sa colère, il fallait lutter.
Mais en rentrant à l’écoutille, le distributeur d’alcool s’écria :
— Capitaine, voilà un particulier qui rechigne à la distribution !
— Ton nom ? demanda le capitaine… Il faut que tu apprennes à boire
de l’eau-de-vie, si tu veux être un marin.
— Pardon, capitaine, je préfère ne pas boire !
Le capitaine n’était pas homme à entendre discuter ses ordres :
— Qu’on lui donne la corde ! hurla-t-il.
Le fouet siffla dans l’air et zébra le dos du petit. À chaque coup, 
les larmes sautaient de ses yeux bleus ciel.
— Et maintenant, boiras-tu, oui ou non ?
— S’il vous plait, je préfère ne pas boire !
— Ah ! Tête de mule ! Grogna le capitaine. Monte au mât, tu y passeras la nuit !
L’obscurité était lugubre. Le pauvre petit escalada les cordages et subit toute la nuit le balancement interminable du navire. Le lendemain, on l’appela. Pas de réponse. On grimpa le chercher. Son petit corps était accroché au mât. On le descendit, à moitié gelé, et l’on frotta ses membres jusqu’à ce dont il ait repris connaissance.
— À présent, bois cela !
— S’il vous plait, capitaine…
— Tonnerre, je ne permets pas qu’on me résiste !
L’enfant prit son courage à deux mains et expliqua.
— Nous étions heureux, autrefois. Mon père se mit à boire et il n’y eut plus d’argent ; il fallut vendre la maison. Ma mère, le cœur brisé, me fit jurer de ne jamais boire d’alcool. Dois-je manquer à ma promesse ?
— Non, non, petit, fit le capitaine, visiblement ému.
Il prit l’enfant dans ses bras et, s’adressant aux matelots, leur dit :
— Marsouins, tâchez de soigner ce gosse-là : c’est un homme, ça !
Ne regarde pas le vin qui parait d’un beau rouge,
Qui fait des perles dans la coupe, et qui coule aisément.
Il finit par mordre comme un serpent,
Et par piquer comme un basilic.
Tes yeux se porteront sur des étrangères,
Et ton cœur parlera d’une manière perverse.
Tu seras comme un homme couché au milieu de la mer, 
comme un homme couché sur le sommet d’un mât :
On m’a frappé, je n’ai point de mal !... On m’a battu, je ne sens rien !
Quand me réveillerai-je ?... J’en veux encore ! Proverbes 23 : 31-35.

Versets

Ne regarde pas le vin qui paraît d’un beau rouge, Qui fait des perles dans la coupe, Et qui coule aisément. Il finit par mordre comme un serpent, Et par piquer comme un basilic. Tes yeux se porteront sur des étrangères, Et ton cœur parlera d’une manière perverse. Tu seras comme un homme couché au milieu de la mer, Comme un homme couché sur le sommet d’un mât : On m’a frappé,… je n’ai point de mal !… On m’a battu,… je ne sens rien !… Quand me réveillerai-je ?… J’en veux encore !
Proverbes 23:31-35

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