Reviews

0 %

User Score

0 ratings
Rate This

Descriptions:

Gentillesses sur ses camarades de classes
Parmi tous mes élèves de 3°, Henri était mon préféré. C’était un enfant bien spécial, très espiègle mais cela le rendait encore plus aimable. En revanche, c’était un bavard invétéré. Si souvent je lui avais dit qu’il ne devait pas parler sans ma permission mais il répondait toujours, avec une sincérité désarmante : « Merci de me corriger. Je vais faire un effort ».
Un jour, perdant mon contrôle à son égard, et ce, devant toute la classe, je lui mis sur la bouche un morceau de papier collant. Je le lui avais promis s’il parlait encore et je dus m’exécuter. Quand je le regardai de nouveau, il me fit un clin d’œil. Je ne pus m’empêcher de rire et du coup je lui retirai son bâillon devant les acclamations de toute la classe. Et de nouveau je l’entendis me dire: « Merci pour la correction, Madame, je vais faire un effort ».
Je quittai Henri pendant quelques années car on m’avait demandé de faire la géographie aux élèves de classe supérieure. Puis, je le retrouvai dans la classe, toujours aussi espiègle et agréable.
Un jour, je sentis les élèves très tendus à cause d’un travail trop intensif et je compris qu’il fallait leur permettre de se détendre avant de continuer.
Je leur demandai alors d’écrire sur une feuille la liste des élèves de la classe et de noter en face de chaque nom ce qu’il pouvait dire de plus gentil sur chacun.
Quand ils eurent fini, je pris une feuille pour chaque élève et je copiai dessus tout ce que les autres élèves avaient dit à son sujet. Et je donnai à chacun sa feuille. Une atmosphère de détente se fit sentir dans la classe. Et on pouvait entendre ici et là des exclamations : « ça alors, c’est incroyable ! » ou « je ne pensais pas qu’on m’aimait autant ! » Puis le travail reprit et la liste sembla oubliée.
Après plusieurs années, mon père me dit un soir de façon très sombre :
— Tu te souviens d’Henri Lefèvre. Ses parents ont téléphoné hier. La nouvelle va t’attrister car ils m’ont annoncé la mort d’Henri. Il a été tué dans un accident de voiture. On l’enterre demain. Ses parents aimeraient que tu sois là.
Je le vis une dernière fois dans le cercueil. Toujours aussi beau. Il avait l’air paisible.
Tous ses amis et anciens camarades de classe étaient là aussi. Une personne s’approcha alors de moi et me demanda :
— Il me semble que vous étiez son professeur de géographie. Henri nous a souvent parlé de vous.

Après l’enterrement, nous fûmes invités chez les parents d’Henri. La plupart de ses anciens camarades étaient là aussi. Le père d’Henri sortit de sa poche une vieille feuille de papier usée, et me dit :
— Cette feuille était dans les papiers d’Henri quand il a eu l’accident. Savez-vous de quoi il s’agit ?

Bien sûr que je savais. J’avais tout de suite reconnu ces appréciations que j’avais écrites moi-même des années auparavant. Elles contenaient toutes les gentillesses que les autres élèves avaient écrites sur lui.
Sa mère me dit :
— C’est merveilleux que vous ayez fait cela. Il avait été très touché. La preuve, il a toujours gardé ces feuilles avec lui.

Et, à ma grande surprise, tous les anciens élèves présents vinrent me voir pour me dire qu’ils avaient eux aussi gardé cette liste avec eux, l’un dans son bureau, l’autre dans ses papiers importants, etc. L’un d’entre eux me montra même cette feuille tirée de sa poche en me disant : « Elle ne me quitte jamais »
Je n’ai rien pu dire et je me suis mise à pleurer.
Il y a des choses qu’on fait dans la vie sans être conscient de leur importance, et qui peuvent avoir un tel impact sur ceux qui sont autour de nous…

Leave your comment